L’ECOCONSTRUCTION, MOTEUR DE DEVELOPPEMENT LOCAL

Dans les régions rurales du Mali, du Bénin et du Togo, une autre manière de construire prend progressivement forme. La pierre taillée, la terre comprimée ou encore les savoir-faire artisanaux locaux redeviennent des ressources d’avenir. Depuis 2015, Acting for Life collabore avec ses partenaires APAPE PH (Mali), ACAD (Bénin) et GEVAPAF (Togo), pour le développement de la filière de l’écoconstruction, des extracteurs de pierre jusqu’aux communes.

Au fil des années, plus de 500 jeunes ont été formés aux techniques de construction en matériaux locaux et de nombreux extracteurs ont été renforcés dans ces trois pays. Mais former ne suffit pas : encore faut-il que ces compétences trouvent des débouchés durables. Dans ces territoires, leur avenir professionnel dépend de la demande locale pour ce type de constructions écologiques. La commande publique s’avère être un axe stratégique à mobiliser pour stimuler cette demande.

Pour faire évoluer les pratiques, AFL et ses partenaires ont engagé un important travail de plaidoyer auprès des maires et services techniques des communes d’intervention. À la fois sur les avantages de la construction écologique, mais aussi pour encourager l’utilisation de matériaux locaux dans la commande publique, grâce à l’inclusion de clause sociales dans les appels d’offres. Un fonds incitatif a par ailleurs été mis en place, pour accompagner les communes dans leurs projets de construction d’ouvrages publics en matériaux locaux.

La commande publique s’avère être un axe stratégique à mobiliser pour stimuler cette demande.

Au Mali, douze communes se sont déjà engagées en faveur de l’utilisation de matériaux locaux, et le plaidoyer se poursuit pour encourager d’autres collectivités à adhérer au protocole sur l’intégration d’au moins 30% de matériaux locaux dans la construction d’ouvrages publics ou parapublics. Plusieurs bâtiments ont déjà vu le jour grâce au fonds d’appui : salles de réunion ou logements de fonction. À Bandiagara, cette dynamique inspire désormais des projets d’envergure, avec la décision de construire l’université en pierre locale.

Au Togo, le fonds d’appui a permis, via deux chantiers écoles ayant mobilisé de jeunes maçons, la construction d’un apatam amélioré (construction traditionnelle en Afrique de l’Ouest) dans un centre médico-social (servant de salle d’attente, de réunion ou de vaccination) ainsi que d’un logement dédié aux artisans, à la chambre préfectorale des métiers de la Kozah, en 2025. Dans la Région des Savanes, deux communes ont par ailleurs adopté des délibérations prévoyant l’intégration de 25 % de matériaux locaux dans les constructions publiques.

Au Bénin, où un décret national impose déjà l’utilisation de 25 % de matériaux locaux dans la construction publique, le fonds d’appui a permis le cofinancement (avec le projet PASDER et communes), de la réalisation de trois modules de trois salles de classes en pierre et BTCS (blocs de terre comprimée stabilisée) dans la commune de Tanguiéta et d’un marché à bétail à Basila en 2025.

Au-delà des bâtiments construits, ces initiatives traduisent une évolution plus profonde : celle d’une reconnaissance croissante des matériaux locaux comme moteurs de développement économique, de transmission des savoir-faire et d’adaptation aux enjeux environnementaux.