Face à la dégradation continue du contexte sécuritaire dans les zones frontalières du Bénin, du Togo et du Burkina Faso, le projet PARCIT – Projet d’appui à la résilience des populations et à la cohésion intercommunautaire dans les territoires transfrontaliers – ambitionne d’agir sur les causes profondes de l’instabilité en renforçant la résilience économique, sociale et institutionnelle des communautés.
L’atelier de lancement, organisé à Cotonou, a réuni autorités nationales, partenaires techniques et organisations locales afin de partager la vision stratégique du projet, préciser ses axes d’intervention et poser les bases d’une coordination transfrontalière durable au service de la cohésion sociale et de la stabilité régionale.
Insécurité transfrontalière en Afrique de l’Ouest : comprendre les dynamiques à l’œuvre
En Afrique de l’Ouest, depuis 2012, la dégradation du contexte sécuritaire ne cesse de s’étendre : du Nord-Mali au Centre Mali, puis au Burkina-Faso, au Niger et maintenant dans toute la bande transfrontalière entre le sud des pays Sahéliens et le nord des pays du Golfe de Guinée.
La zone transfrontalière, comprenant la région Centre-Est du Burkina-Faso, la région des Savanes au Togo et le département de l’Atacora au Bénin, ne fait malheureusement pas exception. Plusieurs Groupes Armés Non Etatiques (GANE) ont investi des territoires, souvent dans les zones de réserves naturelles, et mènent des opérations de déstabilisation des forces armées républicaines et de prédations sur les populations locales. Tout en évitant toute généralisation simpliste qui ne rendrait pas compte de la complexité des contextes, la plupart des analyses travaillant sur cette pénétration problématique des GANE et cette expansion de l’insécurité mettent en exergue 3 facteurs explicatifs structuraux :
– Fragilités socio-économiques : Des territoires ruraux enclavés et historiquement sous-investis, sont fragilisés par l’insécurité et les déplacements de populations, et connaissent une dégradation des services, des filières agricoles et de la sécurité alimentaire, affaiblissant la résilience des populations et facilitant l’implantation des GANE.
– Instrumentalisation des conflits : Les groupes armés exploitent et amplifient les conflits locaux liés à la gestion des ressources agricoles et pastorales, accentuant les clivages communautaires, ce qui alimente les violences, les déplacements et la fragilisation des économies territoriales.
– Gouvernance territoriale : La faible association des collectivités locales et l’absence de planification territoriale cohérente limitent l’efficacité de l’action publique, créent des interventions fragmentées et laissent un espace d’influence aux GANE.
Une approche fondée sur la prévention et la résilience
Doté d’un financement de 10 millions d’euros de l’Union européenne, le PARCIT sera déployé sur une période de 42 mois, de décembre 2025 à juin 2029. Sa mise en œuvre est assurée par Acting for Life, en collaboration avec des partenaires locaux : l’ACAD, l’UDOPER et l’ERAD au Bénin, GEVAPAF au Togo et RECOPA au Burkina Faso.
Plutôt que de privilégier une réponse strictement sécuritaire, le projet mise sur une stratégie de prévention à long terme. Il s’agit de consolider les moyens d’existence, de renforcer les mécanismes de dialogue et d’améliorer la gouvernance locale afin de réduire les vulnérabilités exploitées par les groupes extrémistes.
Lors de la cérémonie officielle du 9 février à Cotonou, le Directeur général de l’Agence béninoise de gestion intégrée des espaces frontaliers (ABeGIEF), Dr Adam Youssoufou, a souligné que les frontières doivent être envisagées comme des espaces d’échanges et d’opportunités, et non uniquement comme des lignes de séparation. À ses côtés figuraient notamment Christian Rasmussen, Chef de section de l’Union européenne au Bénin.

Des axes d’intervention structurants
Le PARCIT s’organise autour de quatre axes majeurs :
- Permettre une meilleure compréhension locale des enjeux territoriaux et transfrontaliers, agricoles et pastoraux par les acteurs locaux et transfrontaliers, à travers des outils d’analyse, de dialogue multi-acteurs et de systèmes d’information territoriaux et transfrontaliers
- Soutenir des filières agropastorales durables et créatrices de cohésion territoriale en améliorant la productivité, la valorisation des productions et l’accès aux marchés, tout en conciliant durabilité économique et cohésion sociale
- Faciliter l’insertion socio-économique de jeunes vulnérables grâce à des dispositifs de formation adaptés aux publics et aux territoires, combinant compétences techniques, entrepreneuriat et accompagnement vers l’emploi ou des activités génératrices de revenus.
- Renforcer les dynamiques locales et la collaboration transfrontalière sur les enjeux territoriaux en consolidant les plans territoriaux, les mécanismes de financement local et les cadres de concertation entre acteurs pour un développement cohérent et pérenne des territoires
L’objectif est de renforcer durablement la résilience des populations vivant dans les zones
transfrontalières du Bénin, du Togo et du Burkina Faso. Et notamment, favoriser l’insertion socio-économique de 595 jeunes en situation de vulnérabilité, d’appuyer les collectivités dans la planification concertée des territoires et de mettre en place des cadres de dialogue intercommunautaires et transfrontaliers.
À terme, plus de 47 500 personnes devraient bénéficier directement des actions du projet, tandis que près de 1,6 million d’habitants pourraient en ressentir les effets indirects.
Un atelier tourné vers l’action
Au-delà des discours officiels, l’atelier de lancement a donné lieu à des travaux collectifs approfondis. Des groupes thématiques ont réuni représentants des collectivités territoriales, organisations professionnelles, services techniques et acteurs associatifs afin de préciser les priorités par zone d’intervention. Ces échanges ont permis d’identifier les risques spécifiques à chaque territoire et de définir les premières étapes opérationnelles.

Une attention particulière a été accordée aux jeunes et aux femmes, reconnus comme des acteurs clés de la stabilité locale. Les discussions ont mis en avant l’importance de créer des perspectives économiques crédibles et inclusives, notamment dans les chaînes de valeur agropastorales.
Les participants ont également travaillé à la structuration de mécanismes de concertation transfrontalière réguliers, destinés à prévenir les conflits liés à l’accès aux ressources naturelles et à promouvoir une gestion partagée des espaces communs.
Enfin, un dispositif de suivi-évaluation intégrant des mécanismes d’apprentissage continu a été présenté, afin d’ajuster les interventions en fonction de l’évolution du contexte et des besoins exprimés par les communautés.
Vers une nouvelle dynamique régionale
Le lancement du PARCIT marque une étape importante dans l’évolution des réponses apportées à l’extrémisme violent en Afrique de l’Ouest. En plaçant le développement local, la cohésion sociale et la gouvernance territoriale au cœur de l’action, le projet propose une approche intégrée, adaptée aux réalités des territoires.

L’ambition est claire : faire des zones frontalières non plus des espaces de vulnérabilité, mais des territoires de coopération, de résilience et de stabilité durable.



