En Afrique de l’Ouest, les crises agropastorales se jouent au niveau local, dans des territoires ruraux souvent mal équipés pour y répondre. Acting for Life a développé deux outils complémentaires, le système AVAIL et le Fonds d’Intervention Localisé, pour donner aux acteurs de terrain les moyens de comprendre leur environnement et d’agir rapidement.

Ce que l’on ne mesure pas, on ne peut pas le changer
Pendant longtemps, les informations sur les dynamiques agropastorales ont circulé de façon fragmentée : des observations de terrain qui ne remontaient pas, des alertes qui arrivaient trop tard, des décisions prises sans données fiables. Le système AVAIL (Analyse, Veille, Alerte et Intervention Localisées) est né de ce constat.
Son principe est simple mais exigeant : confier à des organisations locales, ancrées dans leurs territoires, la responsabilité de collecter, analyser et partager l’information sur la filière agropastorale. Des relais communautaires identifiés dans chaque zone remontent régulièrement des données sur l’état des pistes à bétail, l’activité des marchés, les tensions naissantes, les conflits liés à la mobilité du cheptel. Ces informations sont consolidées, analysées, puis partagées tous les six mois avec les services techniques de l’État, les élus locaux et les autorités administratives, et immédiatement lorsqu’une situation d’urgence l’exige.
Ce qui change avec AVAIL, ce n’est pas seulement la qualité de l’information. C’est à qui elle appartient. Ce sont les acteurs du territoire qui savent, qui analysent, qui alertent. Une posture qui rompt avec les logiques extractives dans lesquelles les données locales remontent vers des plateformes internationales sans jamais revenir nourrir les décisions de terrain.

De l’alerte à l’action : quand les mots ne suffisent plus
Mais une alerte sans moyens d’agir reste inutile. C’est l’enseignement que des années d’expérience ont imposé avec évidence : les autorités locales peuvent voir la crise arriver, comprendre ce qu’il faut faire, et pourtant rester impuissantes faute de ressources mobilisables rapidement.
Le Fonds d’Intervention Localisé répond à ce manque. Doté d’un budget généralement compris entre 50 000 et 100 000 euros par territoire et par an, il fonctionne comme un mécanisme de décision collective : un comité réunissant autorités administratives, services techniques, organisations d’éleveurs et société civile se réunit, en session ordinaire ou en urgence, pour analyser les besoins, arbitrer et déclencher des réponses adaptées. Les décisions sont formalisées, les fonds mobilisés rapidement, les réalisations documentées.
Dans la région des Savanes au Togo, l’arrivée soudaine de plus de 2 700 personnes déplacées a accru la pression sur les services de base. Le comité local a validé la construction de deux forages et la fabrication de cent tables-bancs pour des écoles débordées. En Côte d’Ivoire, face à des tensions liées à l’accueil de réfugiés, plus de 30 000 bovins ont été vaccinés pour préserver les moyens de subsistance des communautés hôtes. Des réponses concrètes, rapides, décidées localement, sans attendre qu’une capitale ou un siège d’ONG internationale valide chaque étape.

Un modèle qui se construit par la pratique
AVAIL et le FIL ne sont pas deux outils indépendants : ils forment un continuum. L’un produit la connaissance nécessaire à la décision ; l’autre donne les moyens de la mettre en œuvre. Ensemble, ils dessinent une architecture nouvelle de l’action territoriale, où l’information et le financement circulent au plus près des besoins.
Ce modèle s’est construit progressivement depuis 2020, à travers plusieurs projets déployés au Burkina Faso, en Guinée, en Côte d’Ivoire, au Togo et au Bénin. Il est aujourd’hui reconnu par des autorités locales qui l’ont formellement institutionnalisé via des arrêtés inter-préfectoraux au Bénin, des délibérations officielles en Côte d’Ivoire et par des partenaires techniques qui voient dans ce modèle une réponse concrète au défi de la localisation de l’aide.

La question qui s’ouvre désormais est celle de la pérennité. Comment ces mécanismes survivront-ils à la fin des financements de projet ? Comment d’autres bailleurs pourront-ils s’y greffer pour en élargir les capacités ? Les premières réponses existent déjà : en Côte d’Ivoire, Action Contre la Faim a rejoint le dispositif pour renforcer ses capacités de réponse. C’est peut-être là le signe le plus encourageant : un outil conçu pour les territoires, adopté par eux, et qui commence à attirer d’autres partenaires non pas parce qu’on le leur impose, mais parce qu’il fonctionne.

Découvrir la note FIL : https://acting-for-life.org/gestion-des-urgences-locales-agropastorales-afl/